Numéro 3 - juillet 2026
De la composition moléculaire de PRGF® à la régénération de la surface oculaire
Par : Eris Ligu, M.D. (UE), conseillère scientifique et clinique chez Labtician Ophthalmics
Les maladies de la surface oculaire regroupent un vaste éventail d’affections caractérisées par une instabilité du film lacrymal, un dysfonctionnement des glandes de Meibomius, de l’inflammation, une atteinte de l’épithélium et une altération des mécanismes de réparation tissulaire. Bien que les larmes artificielles demeurent le traitement de première intention et que leur formulation ait considérablement évolué pour mieux reproduire les propriétés des larmes naturelles, elles procurent principalement un soulagement symptomatique sans agir directement sur les processus biologiques nécessaires à la régénération de la surface oculaire.
Cette réalité a favorisé l’émergence de thérapies biologiques dérivées du sang capables d’apporter des molécules bioactives naturellement impliquées dans la cicatrisation et la régénération des tissus. À l’instar des larmes naturelles, ces préparations renferment plusieurs facteurs essentiels à la réparation épithéliale et à la modulation de l’inflammation, notamment le facteur de croissance épidermique (EGF), le facteur de croissance nerveuse (NGF), le facteur de croissance analogue à l’insuline (IGF), la fibronectine, le facteur de croissance dérivé des plaquettes (PDGF), le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF), la vitamine A, la substance P ainsi que le facteur de croissance transformant β1 (TGF-β1).
Les progrès réalisés dans les techniques de préparation ont mené au développement de nouvelles thérapies dérivées du sang, dont le plasma riche en facteurs de croissance (PRGF®). Cette préparation, dérivée des plaquettes et exempte de leucocytes, a été développée afin de fournir un ensemble contrôlé de molécules de signalisation impliquées dans les mécanismes de régénération tissulaire. Comparativement aux préparations biologiques de génération antérieure, les protocoles standardisés de préparation de PRGF® permettent d’obtenir une meilleure reproductibilité, un profil biologique plus constant et une innocuité accrue. L’intérêt scientifique suscité par PRGF® repose non seulement sur ses applications en ophtalmologie, mais également sur sa composition moléculaire et son potentiel régénérateur.
PRGF® est obtenu par centrifugation, suivie d’une extraction sélective du plasma et d’une activation contrôlée des plaquettes. Cette activation entraîne la libération du contenu des granules alpha, riches en facteurs de croissance, cytokines, protéines d’adhésion et autres médiateurs impliqués dans les processus de réparation tissulaire, notamment l’EGF, le PDGF, le TGF-β, le facteur de croissance des hépatocytes (HGF), l’IGF-1, le facteur de croissance des fibroblastes (FGF), le NGF et le VEGF.
Contrairement au sérum autologue et à certaines préparations de plasma riche en plaquettes, PRGF® est exempt de leucocytes, ce qui réduit l’exposition aux cytokines pro-inflammatoires, aux protéases et aux espèces réactives de l’oxygène.
Des analyses protéomiques suggèrent également la présence de protéines associées à la matrice extracellulaire ainsi que d’autres composantes susceptibles de contribuer au maintien de l’homéostasie du film lacrymal, à l’intégrité de l’épithélium et au remodelage des tissus.
Le potentiel régénérateur de PRGF® repose sur l’action concertée de l’ensemble de ces constituants moléculaires (figure 1).
L’EGF et le PDGF jouent un rôle reconnu dans la prolifération et la migration des cellules épithéliales, deux mécanismes indispensables au rétablissement de l’intégrité de la surface cornéenne. Le HGF et l’IGF-1 pourraient également contribuer à la survie et à la réparation cellulaires en modulant l’apoptose, en favorisant la différenciation de l’épithélium et en soutenant la restauration du stroma.
Les protéines associées à la matrice extracellulaire, notamment la fibronectine, participent pour leur part à l’adhésion cellulaire ainsi qu’à l’organisation de la matrice au cours du processus de cicatrisation. Dans les maladies chroniques de la surface oculaire, où l’inflammation s’accompagne souvent d’une réparation tissulaire inadéquate, ces voies de signalisation pourraient contribuer à faire évoluer la surface oculaire d’un état de lésion persistante vers un processus de régénération plus efficace. Par ailleurs, l’absence de leucocytes dans la préparation de PRGF® limite l’amplification de l’inflammation et les dommages tissulaires secondaires associés aux cytokines pro-inflammatoires et aux enzymes protéolytiques.
Des données récentes indiquent également que le NGF et d’autres médiateurs d’origine plaquettaire pourraient soutenir la régénération de l’innervation cornéenne. Cet effet présente un intérêt particulier dans les atteintes cornéennes neurotrophiques ainsi que dans les dysfonctionnements de la surface oculaire consécutifs à une intervention chirurgicale. En contribuant à préserver l’intégrité épithéliale et l’homéostasie de la surface oculaire, PRGF® pourrait également favoriser, de manière indirecte, une meilleure stabilité du film lacrymal et le maintien de la fonction de barrière.
Des études in vitro suggèrent en outre que PRGF® pourrait agir sur la différenciation des myofibroblastes et sur les mécanismes de remodelage fibrotique par l’intermédiaire de médiateurs comme le PDGF, le FGF et le TGF-β. Cette observation est particulièrement pertinente au regard du concept de régénération de la surface oculaire dite « sans cicatrice », selon lequel la restauration de l’organisation tissulaire pourrait s’accompagner d’une fibrose stromale moindre et d’une transparence cornéenne accrue.
À mesure que les approches régénératrices prennent une place croissante en ophtalmologie, une meilleure compréhension des mécanismes moléculaires qui sous-tendent des thérapies comme PRGF® sera déterminante pour faire progresser une prise en charge de la surface oculaire fondée sur des cibles biologiques précises.
Références :
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Anitua, E.; Muruzabal, F.; de la Fuente, M. ; Riestra, A.; Merayo-Lloves, J.; Orive, G. PRGF exerts more potent proliferative and anti-inflammatory effects than autologous serum on a cell culture inflammatory model. Exp. Eye Res. 2016, 151, 115–121.
Anitua, E., de la Sen-Corcuera, B., Orive, G., Sánchez-Ávila, R., Heredia, P., Muruzabal, F., & Merayo-Lloves, J. (2022). Progress in the use of plasma rich in growth factors in ophthalmology: from ocular surface to ocular fundus. Expert Opinion on Biological Therapy, 22 (1), 31 – 45. https://doi.org/10.1080/14712598.2021.1945030
Anitua, E.; de la Fuente, M. ; Sánchez-Ávila, R.M. ; de la Sen-Corcuera, B. ; Merayo-Lloves, J.; Muruzábal, F. Beneficial Effects of Plasma Rich in Growth Factors (PRGF) Versus Autologous Serum and Topical Insulin in Ocular Surface Cells. Curr. Eye Res. 2023, 48, 456–464.
Stępień P, Żarnowski T, Wróbel-Dudzińska D. Blood Derivatives in the Therapy of Ocular Surface Diseases. International Journal of Molecular Sciences. 2025; 26(22):11 097. https://doi.org/10.3390/ijms262211097
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